Le service étranger valaisan - des origines à son déclin

De la Garde suisse pontificale aux régiments de France, l'histoire du mercenariat valaisan organisé du XVIe au XIXe siècle.

Les débuts du service étranger valaisan

Le 10 mars 1500, soit moins d'une année après les cantons confédérés, le Valais, sous l'épiscopat de Mathieu Schiner, signe son premier traité d'alliance avec le royaume de France. Le texte est sans ambiguïté : « Les Valaisans promettent de fournir au roi Louis XII, en payant, d'hommes armés de leur pays pour être employés à son service contre qui que ce puisse être, sans charger le roi de leur rendre la pareille. »

À ce moment, la participation de Valaisans à des conflits étrangers se fait encore sous la forme libre du mercenariat, échappant largement au contrôle des commandements militaires.

La Garde suisse pontificale

C'est dans un contexte de guerre civile valaisanne, opposant l'évêque à son ancien allié Georges Supersaxo, que sera créée à Rome en 1505 la Garde suisse pontificale, dans laquelle servent aujourd'hui encore des jeunes Valaisans.

La Garde suisse est toujours au service du pape au Vatican. Elle est composée de 135 gardes et surnommée la plus petite armée du monde. Depuis 1825, le canton du Valais est celui qui a fourni le plus important contingent de gardes. Acriter et Fideliter (courage et fidélité) : telle est sa devise. La hallebarde est une arme multifonctions, c'est un peu l'ancêtre du couteau suisse. Les uniformes des gardes pontificaux sont taillés sur mesure et composés de plus de 120 pièces.

Les conditions d'acceptation requises sont les suivantes : être citoyen suisse, être célibataire, mesurer au minimum 174 cm, être âgé de 19 à 30 ans, être catholique pratiquant et avoir achevé son service militaire.

De Marignan à la Paix perpétuelle

Parallèlement, au début du XVIe siècle, les autorités civiles des Sept Dizains vont continuer de se rapprocher de la France, devenue un pays limitrophe. Ce n'est qu'après la défaite des troupes confédérées à Marignan, en 1515, que le mercenariat se transforme à proprement parler en service étranger.

La capitulation suisse aboutit à la signature de la « Paix perpétuelle » avec François Ier en 1516, puis à la conclusion en 1521 d'un traité d'alliance défensive entre la France et les cantons suisses, ces derniers s'engageant à fournir à la première un contingent de six à dix mille hommes pour la défendre en cas d'attaque.

Le Valais, en tant que canton allié des confédérés, se joint à ce traité qui sera renouvelé à huit reprises durant les siècles suivants, faisant de la France le principal allié des Sept Dizains jusqu'à la Révolution française.

Un service étranger aux multiples visages

Si la France restera le principal royaume au service duquel des contingents valaisans seront enrôlés, il convient de noter également l'importance qu'a revêtu le service de Savoie, ainsi que la présence de combattants valaisans au service d'Espagne, du Saint-Siège, du Piémont-Sardaigne, de Naples, d'Autriche, du Saint-Empire ou des Pays-Bas.

Le service étranger, qui constitue une spécificité suisse désignée aussi comme « service capitulé », sera dès lors formalisé par des contrats signés entre les autorités valaisannes et les monarchies européennes, qui détaillent le nombre de soldats à recruter, ainsi que l'équipement qui leur sera fourni et la pension qui leur sera versée. Ils le feront sous l'égide de leur propre justice et avec leur propre culte, leurs propres drapeaux et leurs propres officiers. La mise sur pied de cette forme de mercenariat organisé peut être considérée à la fois comme un instrument politique et comme un instrument commercial.

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Mécontentements et désertions

Beaucoup de plaintes émanent cependant d'officiers et de soldats n'ayant jamais été payés, surtout au service du Piémont-Sardaigne, et il en résulte une désertion massive. Le mécontentement populaire à l'égard du service étranger se fait sentir en Valais également.

En 1549, face au non-paiement des pensions qu'on soupçonne les intermédiaires d'avoir accaparées, et face à l'augmentation constante du prix du sel malgré les promesses contraires, une insurrection paysanne gagne le Lötschental où on accuse les autorités des dizains d'être des vendeurs de chair humaine. Il existe même des cas où des parents ont caché leurs fils au moment de l'arrivée du recruteur.

Fortune et carrière : les grandes familles

Les grandes familles du Haut, mais aussi du Bas-Valais ont pu trouver dans le service étranger de quoi faire fortune et carrière. Cela sera tout particulièrement le cas au XVIIIe siècle, lorsque les rois cesseront de licencier les effectifs au moment de l'arrêt d'un conflit et les garderont à demeure en attente de la mobilisation suivante. Le service étranger devient alors une forme d'émigration permanente, ouvrant des perspectives de carrière prometteuses pour les fils des grandes familles.

Ainsi, le Valaisan Gaspard Stockalper a érigé un empire commercial qui a prospéré à la faveur des crises du XVIIe siècle. Accumuler des richesses était pour le Brigois une mission divine, mais aussi l'assurance d'obtenir le salut éternel. Ce qui ne l'empêcha pas d'être victime d'un complot organisé par ses concurrents pour le faire tomber.

Le régiment de Courten, apogée et déclin

Le plus célèbre des régiments valaisans, le régiment de Courten, est tout à fait exemplaire à cet égard : avec une longévité de plus d'un siècle, il est resté de 1690 à 1792 aux mains d'une même famille qui lui a donné six colonels, bien que durant les trente dernières années il n'ait point combattu et se soit cantonné à une vie de garnison. Cette longévité le mènera à compter dans ses rangs des Valaisans nés en dehors du canton.

De par sa longue histoire, on peut dire que le régiment de Courten a signé à la fois l'apogée et le déclin du service étranger valaisan. Il s'agit d'un régiment d'infanterie valaisan au service du royaume de France créé en 1690. Un régiment jumeau existait dans le royaume de Sardaigne.

La fin du service étranger

Le service étranger se verra fortement entravé par la Constitution fédérale de 1848 qui interdit aux cantons la conclusion de capitulations militaires. Sa fin sera formellement signée en 1859 avec l'interdiction de l'enrôlement dans des régiments étrangers.